Unir les forces pour appuyer les soins de santé primaires pendant et après la pandémie de COVID-19

Publication Date: 
Mercredi, Juillet 22, 2020

Le système de soins de santé primaires, qui représente plus des trois quart des rendez-vous de santé qui sont facturés au Canada, a subi des changements rapides et importants suite à l’éclosion de la pandémie de COVID-19.    

Très vite, les soins virtuels sont devenus une option viable, les pratiques en matière de soins de santé primaires ont été repensées et le triage à grande échelle des patients atteints de la COVID-19 a été implanté. Les patients et les fournisseurs de soins de santé ont dû rapidement s’y adapter et on ignore toujours le véritable impact qu’ont eu tous ces changements. 

Une nouvelle étude multiprovinciale menée par Emily Gard Marshall, Ph.D., de l’Université Dalhousie, cherche à mieux comprendre comment on a répondu aux besoins des patients et des fournisseurs de soins de santé primaires avant la pandémie de COVID-19, comment on répond présentement à leurs besoins, et comment on va y répondre après que la pandémie de COVID-19 soit passée. 

L’étude, appelée communément l’étude PUPPY*, a obtenu une subvention d’un an d’un montant de plus de 400 000$ dans le cadre du concours de financement « Recherche rapide contre la COVID-19 » des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). 

Grâce à ce financement, l’équipe de recherche va mener une série de sondages et d’entrevues dans le but de mieux connaitre et de mieux comprendre les expériences vécues par les patients, les décideurs et les trois fournisseurs de soins de santé les plus communs, soit les médecins de famille, les infirmières praticiennes et les pharmaciens. 

Afin d’obtenir un aperçu plus complet des pratiques existantes, les données qualitatives seront complétées par une analyse de données administratives sur la santé choisies en fonction de leur pertinence, y compris les données sur les services de santé facturés et les données sur les ordonnances. Ces données sont recueillies de façon régulière au moment de la prestation des services de santé et l’équipe de recherche y aura accès par l’entremise de la Health Data Nova Scotia (HDNS) et du Guichet de soutien à l’accès aux données (GSAD); l’étude permettra d’ailleurs d’évaluer ce portail centralisé mis sur pied récemment par le Réseau de recherche sur les données de santé du Canada (RRDS). 

L’équipe prévoit aussi effectuer un examen de toutes les politiques qui ont été modifiées en raison de la COVID-19. Des sondages de suivi menés auprès des patients et des fournisseurs de soins de santé permettront de mieux connaitre les besoins particuliers de ces deux groupes ainsi que les défis auxquels ils sont confrontés, que ce soit au moment d’accéder aux soins de santé (dans le cas des patients) ou au moment de fournir des soins de santé (dans le cas des fournisseurs de soins de santé).

En effectuant cette recherche, l’équipe souhaite identifier des moyens d’établir des ponts entre les patients et les soins de santé primaires, mais surtout des moyens pouvant être transposés à une plus grande échelle et implantés rapidement, tant durant qu’après la pandémie de COVID-19. 

Dr. Emily Marshall« Cette recherche est indispensable pour mieux comprendre les défis auxquels les gens font face lorsqu’ils tentent d’accéder aux soins de santé primaires, tant de la perspective du patient que celle du fournisseur de soins de santé. En gros, notre objectif est d’aider les gens à accéder aux bons soins, livrés par le bon fournisseur, et cela, au bon moment », explique Emily Gard Marshall, Ph.D., professeure agrégée à l’Unité de recherche en soins primaires du département de médecine familiale de l’Université Dalhousie et chercheuse principale désignée de l’étude PUPPY.

Une réponse rapide et collective

Puisque les soins de santé primaires sont de juridiction provinciale, il va de soi qu’on retrouve des variations au niveau de leur prestation. L’étude PUPPY cherche à tirer des leçons de ces variations en comparant l’accès aux soins de santé primaires en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse. 

Il s’agit d’un programme de recherche ambitieux, mais l’équipe de recherche multiprovinciale est bien placée pour l’entreprendre. L’étude en question est codirigée par la professeure Jennifer Isenor (Université Dalhousie), la professeure Mylaine Breton (Université de Sherbrooke), le Dr Michael Green (Université Queen’s) et la professeure Maria Mathews (Université Western). L’équipe de recherche multidisciplinaire comprend des patients partenaires et des cochercheurs de l’Unité de soutien SRAP des Maritimes (USSM), de BRIC NS (membre du Réseau ISSPLI de la SRAP), de la Régie de santé de la Nouvelle-Écosse (RSNÉ), du ministère de la Santé et du Mieux-être de la Nouvelle-Écosse ainsi que des décideurs en provenance du Québec et de l’Ontario. 

Comme l’explique Amy Grant, Ph. D., chercheuse sénior sur les politiques de la santé au sein de l’Unité de soutien SRAP des Maritimes et cochercheuse de l’étude PUPPY : « Nous sommes capables de bâtir de nouvelles choses ensemble en s’appuyant sur une infrastructure de recherche déjà existante ainsi que de mobiliser nos efforts pour montrer la nature collaborative et flexible de la communauté des chercheurs en Nouvelle-Écosse ainsi qu’ailleurs au Canada. » 

Songeant à la vitesse à laquelle ses collègues en provenance de partout au pays ont uni leurs forces pour travailler ensemble, la professeure Marshall ajoute : « Des leaders au sein des régies de santé et du gouvernement ont apporté leur soutien à notre projet de recherche en plus d’avoir rendu accessible les données nécessaires à notre étude. Voilà donc un témoignage on ne peut plus clair que nous habitons tous dans un pays où la volonté d’apprendre et de mieux faire est reconnue et mise en valeur. Mais on ne peut ni apprendre, ni mieux faire sans les données probantes. » 

Alors que l’utilisation de méthodes similaires d’une population à l’autre donnera lieu à une compréhension beaucoup plus approfondie des compromis nécessaires et des conséquence inattendues de telle ou telle politique, l’inclusion de perspectives différentes dans la recherche se veut à la fois une façon de créer une vue d’ensemble des soins de santé primaires et de faire progresser les discussions nécessaires une fois la recherche terminée.   

« Chaque voix compte lorsqu’il est question de trouver des solutions. L’équipe qui a été mise en place comprend des parties prenantes ayant des perspectives très différentes, mais elles partagent toutes la volonté d’être à l’écoute des autres et de travailler ensemble pour le bien commun », a déclaré Sarah Peddle, patiente partenaire au sein de l’étude PUPPY. 

Sarah Peddle a décidé de se lancer dans la lutte pour le changement suite aux difficultés qu’elle avait elle-même rencontrées pour trouver un médecin de famille. Elle comprend très bien comment l’accès limité aux soins de santé primaires peut avoir un impact néfaste sur les patients et sur la continuité des soins qu’ils reçoivent. 

Repenser les rôles dans le but d’appuyer les fournisseurs de soins de santé et d’assurer l’accès aux soins pour les patients

Lorsque les gens ont des questions, sont inquiets ou sont aux prises avec des défis émotionnels ou physiques, ils vont souvent consulter des fournisseurs de soins de santé primaires. Ces derniers aident les patients à naviguer et à coordonner leurs soins de santé. Pour les nombreux patients qui n’ont pas un accès régulier à un médecin de famille, les pharmaciens viennent de plus en plus combler cette lacune.

« Le champ de pratique des pharmaciens, c’est-à-dire la gamme de services qu’ils peuvent offrir aux patients, s’était élargi avant même l’arrivée de la COVID-19 et cette tendance s’est maintenue après l’éclosion de la pandémie. Durant la pandémie, de nombreux patients ayant des besoins en santé primaires ont vu les pharmaciens comme étant des points de contact accessibles », explique Jennifer Isenor, Pharm.D., professeure agrégée à la Faculté de pharmacie de l’Université Dalhousie et cochercheuse principale de l’étude PUPPY.

Dr. Jennifer IsenorAvant l’éclosion de la pandémie de COVID-19, la professeure Isenor dirigeait un projet de recherche prioritaire de l’USSM portant sur les habitudes de prescription des pharmaciens de la Nouvelle-Écosse. Elle collaborait aussi avec la professeure Marshall dans le cadre d’une autre étude, celle-ci portant sur les barrières et les facilitateurs auxquels font face les pharmaciens qui gèrent des patients n’ayant pas un accès régulier à un fournisseur de soins de santé primaires en Nouvelle-Écosse (l’étude PUP). La professeure Marshall dirige aussi un autre projet de recherche financé par les IRSC, soit l’étude CUP, qui évalue le rôle joué par les listes d’attentes centralisées dans la création de ponts entre les patients et les soins de santé primaires en Nouvelle-Écosse, en  Ontario et au Québec. L’étude PUPPY repose donc sur des fondements solides, soit ceux établis par ces collaborations existantes. 

« Nous avons nos études antérieures portant sur les soins de santé primaires avant la pandémie de COVD-19 et, avec l’étude PUPPY, nous serons en mesure de tirer des leçons des changements que la COVID-19 est en train de faire subir aux soins de santé primaires. Je suis optimiste que nous allons être témoins de changements de fond dans le domaine des soins de santé, des changements qui s’avéreront à la fois positifs et durables », affirme la professeure Isenor.  
En gros, l’étude PUPPY cherche à fournir les données probantes et les relations nécessaires au renforcement des soins de santé primaires au Canada.

« Il faut d’abord avoir des données très solides. Ensuite, il faut réunir les différentes parties prenantes – les décideurs, les patients et les fournisseurs de soins de santé – afin d’avoir des discussions difficiles sur comment les fournisseurs de soins de santé puissent exercer pleinement leur champ de compétences et se sentir appuyés, tout en s’assurant que les patients puissent y avoir l’accès voulu et sachent qu’il est possible pour eux d’obtenir les soins dont ils ont besoin. En recueillant ce type de données et en impliquant ces différents partenaires dès le début, j’espère que nous serons capables de faire avancer ce dialogue », explique la professeure Marshall.

« En tant que chercheuse en soins de santé primaires, je connais certaines choses, mais il me manque bien des perspectives. Faire intervenir de nouvelles perspectives représente tout un défi. Il est bien plus facile de mener des recherches ayant des problématiques très restreintes. Selon moi, la question, à savoir comment appuyer les patients et les fournisseurs de soins de santé et comment entretenir un système financé par des fonds publics, risque de demeurer sans réponse, tant et aussi longtemps que les patients et les fournisseurs de soins de santé n’y soient pas directement impliqués », ajoute la professeure Marshall.


*Le titre officiel de l’étude PUPPY est la suivante (traduction libre) : Défis au niveau de l’accès aux et de la coordination des soins de santé primaires pour les patients orphelins et non-orphelins et l’aggravation de ces défis par la pandémie de COVID-19 : une étude longitudinale à méthodes mixtes avec communication rapide et planification pour la route qui reste à parcourir (Problems Coordinating and Accessing Primary Care for Attached and Unattached Patients Exacerbated During the COVID-19 Pandemic Year: A Longitudinal Mixed Methods Study with Rapid Reporting and Planning for the Road Ahead).

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Lisez l’annonce des résultats du concours de financement « Recherche rapide contre la COVID-19